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Olivier Soudieux
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Lettre ouverte d'un encadrant au club de montagne auquel il participait activement à titre ** bénévole ** :
"Je viens de prendre connaissance des derniers soubresauts administratifs [...] ! Sincèrement, vous me révélez mon incompétence de plus en plus intense à répondre à vos angoisses. Ayant pris conscience de mon incapacité, je revendique le licenciement sec et rapide pour vous éviter des risques et responsabilités inutiles et rendre ainsi la sérénité bien méritée à vos rêves de montagnes.
De grâce Messieurs les experts, sortez moi de la liste des encadrants
de quoi que ce soit, laissez moi au moins la place du dernier des Mohicans
et parcourir enfin l'alpe [...], comme je l' entends , avec qui je l' entends.
Je vous souhaite une bonne bureaucratie. Denis Lincon (1) Diplômé
du vide"
Cette réaction faisait suite à une circulaire de la fédération de tutelle du club, concernant les recommandations de mise en oeuvre des dispositions sur les EPI (Equipement de Protection Individuelle).
C'est à dire en montagne, tout équipement utilisé pour
se protéger des risques : la corde, bien sûr, mais aussi piolet,
crampon, casque, mousquetons, broche à glace ou le moindre bout de
sangle.
La circulaire incriminée, reposant sur une directive européenne transposée en droit français et complétée par des dispositions du code du travail, 14 pages de texte avec renvoi vers la norme XP S 72-701 était présentée comme faisant partie de ** l'obligation générale de sécurité des dirigeants des clubs **.
On pouvait y apprendre la nécessité de créer une fiche de suivi pour chaque élément.
Une louable intention si ce n'est que :
- chaque type d'élément a sa durée de vie propre,
-la recommandation impose de marquer comme des cordes distinctes les deux
parties d'une corde coupée,
- les cordelettes sont également concernées (alors qu'on peut
les couper à chaque sortie !),
- la partie métallique d'un coinceur à une durée de
vie illimitée mais sa cordelette possède une durée
maximum de 10 ans dont 5 d'utilisation, sauf si le fabricant indique une
durée inférieure
- les fabricants indiquent des durées maximales... minimales depuis
la loi sur les EPI ! (Autant sortir le parapluie géant qui fait remplacer
le matériel, donc vendre !).
Bien sûr, les notices de chacun des dizaines de mousquetons et autres maillons rapides doivent être conservées. La recommandation omet simplement de dire s'il faut dupliquer la notice chaque fois qu'on coupe une sangle, une cordelette ou un cheveu en quatre.
Dans un club de montagne ou, comme dans bien d'autres, plusieurs décès ont eu lieu par suite d'erreur humaine et où, sauf erreur, jamais les qualités intrinsèques du matériel n'ont été incriminées, je me demande s'il vaut mieux donner aux bénévoles les moyens de s'investir encore plus dans la formation des participants, ou s'il faut faire plaisir au législateur en pointant des " fiches de vie ".
Certains diront que la réponse va de soi : ne pas respecter la loi, est une promesse de soucis au pénal un jour ou l'autre. Au diable l'action prioritaire. Vive la lourdeur des procédures inadaptées : sortons le parapluie !
Quant à " dépanner " le club avec une corde ou un piolet personnel, plus question : en situation irrégulière, je ne saurais être en mesure de présenter les fiches de vie de ces éléments clandestins à un tribunal en cas d'accident, même sans rapport avec ces équipements.
Sécurisons utile et en finesse !
Le bulldozer a la force de la loi. Mais sécuriser avec la subtilité d'un bulldozer est puissant pour démotiver et démobiliser.
En montagne comme en entreprise, la sécurité, devrait avant tout être affaire d'intelligence et de cur. Or elle reste trop souvent une affaire de procédures plaquées sans discernement et d'incursion toujours croissante du juridique dans des espaces de liberté.
Une application mécanique de la loi, peut tuer les clubs de montagne,
faute d'encadrant.
Elle peut tuer une activité et tuer l'esprit d'entreprise, celui-là
même qui fait créer des sociétés et s'élancer
dans des ascensions.
Pire : elle peut tuer par manque de discernement dans le choix des priorités.
(1) Nom de l'auteur remplacé par un nom fictif